Je sursème entre 70 et 80 hectares par an : la réalité de ce rythme sur le terrain

4.5/5 - (52 votes)

Sur le terrain, le sursemis n’a rien d’un geste simple. Entre la météo, les dégâts de campagnols, les réglages et la fenêtre de semis, chaque hectare demande du sang-froid. Et quand vous en faites 70 à 80 par an, la moindre erreur se voit tout de suite.

Un rythme soutenu, mais jamais improvisé

Arnaud Genand connaît bien cette réalité. Passionné de prairie depuis toujours, il a choisi de développer son activité autour du sursemis, à la fois pour ses propres terres et pour ses clients. Dans son secteur de Haute-Savoie, le problème le plus fréquent vient des campagnols. Les sangliers causent aussi des dégâts, même si c’est plus ponctuel.

Ce rythme de 70 à 80 hectares par an peut impressionner. Pourtant, il repose surtout sur une organisation très précise. Il faut surveiller les sols, attendre le bon moment, puis aller vite. Car en prairie, le temps perdu se transforme vite en perte de levée.

« Elles émerveillent tout le monde » : découvrez à Bormes-les-Mimosas le premier musée sensoriel des abeilles
« Elles émerveillent tout le monde » : découvrez à Bormes-les-Mimosas le premier musée sensoriel des abeilles

À Bormes-les-Mimosas, une visite inattendue attire déjà la curiosité. Ici, on ne se contente pas de regarder des abeilles de loin. On entre dans leur monde, on écoute, on touche, on observe. Et franchement, cela change tout.Un musée pas comme les autresLa Butinerie ouvre un lieu rare en France, le... Lire la suite

38 votes· 36 commentaires·

Le bon moment change tout

Le semis commence généralement au début d’avril. Mais Arnaud reste prudent. Le gel reste son premier ennemi. Si la graine lève puis subit un coup de froid au stade deux feuilles, la plante meurt.

La pluie pose aussi problème. De fortes averses peuvent faire ruisseler le semis et emporter une partie du travail. Il faut donc viser une terre bien préparée, avec une météo stable. Et surtout, ne pas dépasser la fenêtre idéale. Les derniers passages ont lieu au plus tard vers le 15 mai, car ensuite d’autres plantes prennent le dessus et les jeunes semences sont vite concurrencées.

💬

Un semoir pensé pour travailler vite et droit

Pour tenir ce rythme, Arnaud utilise un semoir Güttler GreenMaster 300 de 3 mètres. L’outil est séparé en deux parties. Une partie se monte à l’avant du tracteur, l’autre à l’arrière. Ce choix n’est pas un détail. Il sert à garder un bon équilibre pendant le travail.

À l’avant, on trouve les dents de herse et une planche Ripperboard. Cette dernière nivelle le sol et arrache aussi le paturin des prés. Derrière, les dents affinent encore la terre. À l’arrière, les rouleaux, la trémie de 200 litres et le système de semis assurent la suite. La graine est déposée juste devant le rouleau, puis enfouie et rappuyée.

Le tracteur est jumelé à l’avant et à l’arrière pour éviter de marquer la parcelle. Arnaud travaille aussi toujours en travers de la pente. Ce n’est pas seulement pour limiter les traces. C’est aussi pour améliorer l’adhérence et garder une bonne efficacité de passage.

Quand il faut aller plus loin dans la réparation

Tout ne se traite pas de la même manière. Sur de gros dégâts causés par les campagnols, la herse ne travaille pas forcément. La terre est déjà assez fine. Un seul passage suffit souvent.

En revanche, sur les dégâts de sangliers, il faut parfois deux passages. Un premier à vide sert à niveler. Un second, effectué en semant, vient souvent à 90 degrés du premier. Cette méthode prend plus de temps. Mais elle permet de remettre la parcelle en état de façon plus propre.

La vitesse de travail se situe entre 8 et 10 km/h. C’est rapide, mais pas trop. Il faut garder un bon compromis entre rendement et qualité de semis. Sur prairie, quelques kilomètres par heure peuvent changer le résultat final.

Œuf ou poule : la science répond enfin et révèle ce qui est arrivé en premier
Œuf ou poule : la science répond enfin et révèle ce qui est arrivé en premier

La question paraît simple. Pourtant, elle a fait réfléchir des générations entières. L’œuf ou la poule n’est pas seulement une devinette de table. C’est une vraie porte d’entrée vers l’histoire du vivant, et la science y répond aujourd’hui avec beaucoup plus de clarté qu’avant.La réponse peut même surprendre. Si vous... Lire la suite

15 votes· 46 commentaires·

Le réglage, cette étape que personne ne doit bâcler

Le vrai secret du sursemis, c’est souvent le réglage. Arnaud le dit lui-même. Chaque mélange demande une adaptation très précise. Il change même de bobines de dosage selon la taille des graines. Et il pèse plusieurs fois pour être sûr du résultat.

Pour certaines légumineuses, la densité varie entre 2 et 5 kg/ha. Cela peut sembler très faible. Pourtant, un bon réglage fait toute la différence. Il réalise au moins 10 pesées. Rien que cette opération lui prend souvent 30 minutes.

La distribution est entraînée mécaniquement par une roue squelette. La soufflerie transporte ensuite la graine. Le système demande peu d’hydraulique au tracteur. En pratique, un distributeur simple effet et une prise trois plots suffisent.

Améliorer une prairie prend du temps

En plus de son activité d’entrepreneur, Arnaud gère aussi 30 hectares de foin. Il y fait trois coupes par saison. Là encore, il cherche à améliorer ses prairies au fil des années, sans tout attendre d’une seule intervention.

Il a d’abord travaillé sur l’état du sol. Face aux adventices, il a compris qu’un excès d’acidité jouait un rôle important. Il a donc commencé à chauler. Les effets se sont vite vus, notamment sur les rumex et les géraniums.

Il a aussi installé des ruches. Selon lui, cela a fortement augmenté le trèfle blanc grâce à la pollinisation. Ensuite, il a intégré le sursemis dans sa rotation, tous les trois ans sur ses parcelles. Là encore, l’idée n’est pas de faire du spectaculaire. Il s’agit de construire une prairie plus riche, plus régulière, plus durable.

Réparer ou enrichir, ce n’est pas la même logique

Arnaud distingue bien deux demandes. D’un côté, certains éleveurs veulent simplement réparer un dégât de gibier ou de nuisibles. De l’autre, d’autres cherchent à récupérer de la légumineuse et à améliorer la valeur fourragère de leur prairie.

Dans le cas des réparations rapides, les semences proposées sont souvent peu chères. Le mélange contient surtout du ray-grass. La dose conseillée tourne alors autour de 30 à 35 kg/ha. Le problème, selon Arnaud, est que ce choix reste temporaire. Le ray-grass ne tient souvent que 3 ou 4 ans dans ces conditions.

Quand il fournit lui-même le mélange, il peut descendre à 20 ou 25 kg/ha, même sur sol nu. C’est un point important. Moins de semence, ce n’est pas forcément moins de résultat. À condition de viser juste et de bien préparer le terrain.

Un travail technique, mais aussi économique

Au fond, le sursemis est un équilibre permanent entre coût, vitesse et efficacité. Les graines représentent un poste important. Et certaines années, les dégâts sont si forts qu’il faut revenir sur une parcelle déjà travaillée l’année précédente.

C’est là que la réalité du terrain devient très concrète. On parle de météo, d’outils, de densité, de réglages. Mais on parle aussi de pertes, de réparations répétées et de parcelles à sauver au bon moment. Le sursemis ne laisse pas de place à l’à-peu-près.

Ce métier demande donc plus qu’un tracteur et un semoir. Il demande de l’observation, de la patience et un vrai sens du détail. Et c’est sans doute ce qui explique pourquoi, sur 70 à 80 hectares par an, chaque passage compte autant.

Nathalie Gauthier
Nathalie Gauthier

Je vis entre Le Bourget et Paris depuis 11 ans et j'ai un BTS dietetique. J'ecris surtout sur la cuisine du quotidien, les produits bien choisis et les adresses qui valent le detour. J'aime les infos utiles qu'on peut verifier vite.

Articles: 0

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *